* La volatilité fonction retardée de la politique monétaire
* Elle remonte deux ans après un retournement de taux
directeurs
* La Fed a commencé à initier ce mouvement en décembre 2015
* La volatilité est bon marché, contrairement aux valeurs
refuges
traditionnelles
PARIS, 12 décembre (Reuters) - La progression quasi-linéaire
de Wall Street cette année est allée de pair avec une volatilité
à ses plus bas niveaux depuis près d'un quart de siècle, mais la
poursuite de la normalisation des politiques monétaires pourrait
changer la donne l'année prochaine et les signes de nervosité se
sont multipliés ces dernières semaines.
La volatilité est une fonction retardée de la politique
monétaire et elle remonte généralement environ deux ans après le
retournement des taux directeurs à la hausse, rappellent les
stratégistes action d'Amundi Asset Management dans la dernière
livraison de la publication mensuelle de la société de gestion :
"Cross Asset Investment Strategy".
"La volatilité remonte généralement environ deux ans après
le retournement des taux directeurs à la hausse, et la Fed a
initié ce mouvement en décembre 2015", relèvent-ils.
Cette corrélation est liée à la liquidité, l'ajout de
liquidité réduisant la volatilité et inversement. Ainsi, même si
les banques centrales procèdent avec prudence, l'argument de la
liquidité, qui a porté les marchés depuis 2009, inverse
désormais sa dynamique et la tendance va s'intensifier courant
2018, estiment les stratégistes d'Amundi.
L'indice Vix de la volatilité sur les options sur l'indice
S&P 500 .SPX , aussi appelé "indice de la peur", a touché un
plus bas historique en séance le 24 novembre à 8,56, contre un
peu plus de 14 fin 2016... et un pic à près de 90 au plus fort
de la crise financière en 2008.
Pour Malik Haddouk, directeur de la gestion diversifiée de
CPR Asset Management, la baisse récente de la volatilité à ses
plus bas niveaux depuis 1994 est due en grande partie à la
décision de la Fed de ramener ses taux directeurs en réaction au
déclenchement de la crise de 2008.
"Aujourd'hui, la banque centrale s'apprête à poursuivre la
normalisation de sa politique monétaire en continuant à relever
ses taux et l'on pourrait donc s'attendre au cours des deux
prochaines années à une remontée significative de l'indice de la
peur", explique-t-il.
ATTENTION AU RISQUE IDIOSYNCRATIQUE
Il note aussi des signes de regain de nervosité sur les
marchés avec la multiplication du risque idiosyncratique, ou
propre à une entreprise donnée et indépendant de l'évolution
d'ensemble du marché.
"Depuis quelques mois, les 'stress de crédit' se multiplient
(...) sur des sociétés très endettées avec une rentabilité sous
pression", note-t-il en référence notamment au décrochage des
cours du groupe de médias Altice ATCA.AS ou du spécialiste des
médicaments génériques Teva TEVA.TA TEVA.N .
Laurent Gaetani, directeur général de Degroof Petercam
Gestion fait le même constat: "Je vais citer cinq valeurs,
Altice, Teva, Europcar, Elior et Steinhoff, dont les situations
peuvent être différentes mais qui ont toutes été lourdement
sanctionnées aussi bien sur l'equity que sur l'obligataire."
Altice ATCA.AS a vu sa capitalisation boursière fondre de
près de 60% depuis le 3 novembre et la publication de résultats
inférieurs aux attentes.
"Ce sont des piqûres de rappel, il faut que le marché soit
moins complaisant. Quand on voit qu'Altice se refinançait à
2%-3%, ce n'est pas logique par rapport à un émetteur high
yield", a dit Laurent Gaetani.
Le titre Europcar EUCAR.PA a dévissé de près de 10% le 9
novembre après que le numéro un de la location de voiture a fait
état d'une décélération de sa croissance organique au troisième
trimestre. Il a encore perdu plus de 5% lundi après une
dégradation du conseil des analystes de HSBC, pour qui cette
publication met en cause la crédibilité même de la direction.
La valeur boursière de Teva TEVA.N TEVA.TA a été divisée
par deux entre début août avec la publication de résultats du
deuxième trimestre décevants et début novembre avec un nouvel
avertissement sur les résultats.
L'action Elior ELIOR.PA a perdu près d'un tiers de sa
valeur depuis la mi-novembre après une révision en baisse par le
groupe de restauration collective de ses perspectives de
résultats.
Quant au géant de l'ameublement Steinhoff
SNHG.DE SHFFp.J , il s'est effondré en Bourse la semaine
dernière après l'annonce du départ de son directeur général et
l'ouverture de plusieurs enquêtes sur des soupçons de trucage
des comptes.
"Un mastodonte comme Steinhoff, avec une présence dans 35
pays et 135.000 salariés, a vu sa capitalisation boursière
passer de 15 milliards à moins de trois milliards d'euros. Sur
les convertibles, c'était l'un des plus gros gisements avec 2,5
milliards d'euros, c'est passé à un milliard en 24 heures",
constate Laurent Gaetani.
"On ne connaît pas l'ampleur de la fraude, mais est-ce que
cela justifie que l'entreprise perde 80% de sa valeur et que la
dette se traite à 60% du pair ?", s'interroge-t-il.
"Même si la volatilité est très faible, il y a une vraie
nervosité, la moindre déception sur un titre le pénalise de 20%,
30%, 40% voire plus en 48 heures. On ne voyait pas cela il y a
encore peu de temps et c'est la contrepartie de valorisations
très tendues", poursuit Laurent Gaetani.
LA VOLATILITÉ, NOUVELLE VALEUR REFUGE ?
"Historiquement, le risque majeur pour les investisseurs a
essentiellement résidé dans la perspective d'une récession mais
il est nécessaire aujourd'hui de tenir compte d'autres risques
potentiels", comme la montée des populismes, les tensions
géopolitiques ou le retour au protectionnisme", prévient Patrice
Gautry, chef économiste de l'Union Bancaire Privée.
Face aux risques, les investisseurs trouvent habituellement
refuge au sein des échéances longues des obligations
gouvernementales, ou de l'or, voire du franc suisse ou du yen
japonais, rappelle-t-il.
"Compte tenu de la surévaluation de ces valeurs refuges
traditionnelles, il est désormais nécessaire d'avoir recours à
d'autres instruments alternatifs pour faire face à un
environnement de risques multipolaire", estime Patrice Gautry.
"Etant donné la faible volatilité qui prévaut actuellement
du côté des actions et des taux d'intérêt, nous avons intégré en
portefeuilles des stratégies de type 'long volatility' comme
outil de protection supplémentaire pour les investisseurs.
Laurent Gaetani souligne aussi le faible niveau actuel de la
volatilité sur les actions. "Avec un Vix autour de 10, la
probabilité qu'il monte est plus forte que celle d'une baisse",
note-t-il. "Acheter de la volatilité bon marché fait aujourd'hui
sens, compte tenu, notamment, du risque géopolitique qui est en
train de monter."
Sources :
*17 facts from '17 to remember for 2018. Global Volatility
Insights. Bank of America Merrill Lynch. 12 décembre 2017.
*Identifier et gérer les risques dans un monde multipolaire.
Tribune Macroéconomie. UBP. 11 décembre 2017
*Cross Asset Investment Strategy. Amundi Asset Management.
Décembre 2017.
*Vue des marchés et allocation. CPR Asset Management. 8
décembre 2017
*Perspectives macro & allocations d'actifs pour 2018 -
Présentation Degroof Petercam. 8 décembre 2018.
<^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
VOLATa http://reut.rs/2yhwMBP
VOLATb http://reut.rs/2BgrTPf
^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^>
(Marc Joanny, édité par Marc Angrand)
2018, l'année du retour de la volatilité
information fournie par Reuters 12/12/2017 à 16:40
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